Site internet institutionnel de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris
Accueil > Actualité > Le magazine > Lutte contre le tabagisme
Les
consultations | Hôpital
sans tabac | Tester votre
dépendance | Vrai ou faux
?
Tabagisme :s'arrêter en toute
confiance
Sport : nouvel allié contre le
tabac | Le Tabagisme passif |
Liens utiles
Télécharger la brochure : les consultations d'addictologie, tabac
Tabagisme : s'arrêter en toute confiance
Quel fumeur ne s'est pas dit à un moment ou à un autre : « Demain, j'arrête de fumer » ? Pourtant, les tentatives durent en moyenne un mois et dans près de 50 % des cas, le « demain » correspond à un avenir indéterminé. Et plus on est un gros fumeur, plus cet avenir est lointain. Pourtant, aujourd'hui, de nombreux traitements validés par des scientifiques existent.
De nombreux
traitements validés par les scientifiques existent mais
ils sont parfois mal connus ou associés à des a priori
:
Quelques affirmations ont la vie dure : vrai ou faux ?

La
nicotine contenue dans les patchs et les gommes est dangereuse
Faux. Les substituts nicotiniques ne sont pas dangereux.
Au contraire ! Ils favorisent l'arrêt du tabac et diminuent
ainsi tous les risques associés, de l'infarctus du myocarde
au cancer du poumon. Alors, attention aux amalgames ! C'est fumer
qui est dangereux et non arrêter de fumer.
Contrairement aux rumeurs qui ont couru en 1986, les gommes à
la nicotine ne sont pas responsables d'accidents cardiaques mais
d'une réduction de la mortalité chez les fumeurs cardiaques.
Seules les premières bouffées de cigarettes accélèrent
le rythme cardiaque. La nicotine est en revanche responsable de
la dépendance et sa prise par la fumée de cigarette
s'accompagne de prises de goudrons et du monoxyde de carbone qui
eux sont toxiques.
Une seule précaution concernant la nicotine : ne pas laisser
les gommes, les patchs et les mégots, à la portée
des enfants. Si l'enfant les " mâchonne ", la nicotine
peut être gravement toxique, du fait de l'apport brutal de
fortes doses chez un enfant non accoutumé à la nicotine.
Prendre
du bupropion (Zyban) fait courir un risque mortel
Faux. C'est la cigarette qui tue un de ses consommateurs
réguliers sur deux. Malgré tout le " battage
médiatique " rapportant des décès sous
Zyban, aucun lien de cause à effet, entre la prise de Zyban
et les cas de décès recensés par la pharmacovigilance,
n'a été prouvé. Le médicament ne peut
être rendu responsable de ces décès (alors que
le tabac tue 60 000 fumeurs en France chaque année). Cependant,
comme tout nouveau médicament, il est indispensable de surveiller
sa tolérance. C'est pourquoi, dès sa commercialisation
en septembre 2001, l'Agence française de sécurité
sanitaire des produits de santé (Afssaps) a engagé
un suivi de pharmacovigilance.
Si aucun décès n'est imputable à la prise de
bupropion, il existe des effets secondaires constatés à
la fréquence attendue sur les données obtenues à
l'étranger avant la commercialisation en France : insomnies
très fréquentes, réactions allergiques moins
fréquentes, crises d'épilepsie exceptionnelles. Au
médecin d'en informer ses patients, de respecter les contre
indications du bupropion aux femmes enceintes et aux patients à
risque d'épilepsie, ainsi qu'à veiller au respect
des doses.
Globalement, peu de maladies aussi graves que celles induites par
la " cigarette " disposent de médicaments aussi
bien tolérés que les substituts nicotiniques et le
bupropion, même si dans ce dernier cas la vigilance doit rester
celle de tout médicament de prescription.
Inhaleurs
: le nouveau traitement miracle
Vrai et Faux. Un inhaleur, cela ressemble à une cigarette,
cela apporte des bouffées de nicotine et en plus, ce n'est
pas dangereux. Que demander de plus ? En vente en France depuis
avril 2002, c'est le dernier né des substituts nicotiniques,
à l'image des patchs et des gommes. Grâce à
cet inhaleur chargé en nicotine, il est possible d'arrêter
de fumer, tout en conservant la gestuelle. Au choix : vous pouvez
" mâchouiller " le plastique ou prendre quelques
bouffées. Cependant, comme les autres substitutions nicotiniques
orales, ce traitement n'est pas efficace pour l'arrêt si ne
s'y associe pas la volonté d'arrêter. Chez les fumeurs
très dépendants, il peut être pris en complément
de patch nicotinique ou d'un traitement au bupropion.
Homéopathie,
acupuncture, ... : des remèdes de grand-mère
Vrai. Aucune étude scientifique n'a démontré
les effets de ces techniques, sur l'arrêt du tabac. Utilisées
largement avant l'arrivée des substituts nicotiniques, ces
techniques ne sont aujourd'hui guère utilisées par
les médecins tabacologues. Et pour cause : le panel thérapeutique
s'étant élargi, les médecins disposent de méthodes
de sevrage tabagique validées et efficaces. C'est un peu
comme si l'on conseillait à un tuberculeux une cure de soleil
comme on le faisait il y a 50 ans, ou à un malade du sida
des herbes chinoises comme on le faisait il y a 20 ans. Il faut
savoir utiliser les nouveaux traitements. Cependant, si le fumeur
est profondément convaincu de leur efficacité, pourquoi
lui interdire ? L'effet placebo peut agir. Pour preuve, beaucoup
de fumeurs arrêtent sans aucune aide médicale.
Ca
fait 25 ans que je fume, alors continuer ou arrêter, c'est
trop tard : le mal est fait
Faux. Petits et gros fumeurs, fumeurs débutants et
confirmés, jeunes et vieux : l'arrêt du tabac est toujours
bénéfique. Selon une étude menée auprès
de médecins anglais suivis pendant 40 ans (R. Doll et R.
Petto) (1), les fumeurs qui arrêtent avant l'âge de
35 ans retrouvent les mêmes chances de survie qu'un non-fumeur.
Après 35 ans, et même après 65 ans, ceux qui
s'arrêtent ont une survie intermédiaire entre celle
des fumeurs et des non-fumeurs. Que l'on fume une, dix, ou cinquante
cigarettes par jour, et même après un cancer du poumon,
les bénéfices de l'arrêt du tabac sont multiples.
Par exemple, le risque d'infarctus du myocarde baisse de 50 % à
un an de l'arrêt et il est équivalent à celui
d'un non-fumeur après 5 à 20 ans d'arrêt. Et
même après l'ablation d'un poumon pour cancer, arrêter
de fumer multiplie par deux les chances de survie. C'est dire qu'il
y a toujours bénéfice à s'arrêter de
fumer, quelle que soit l'ancienneté du tabagisme.
Réduire
pour éviter le pire
Vrai et Faux. Tout dépend du degré de dépendance
à la nicotine.
Si vous n'êtes pas dépendant au tabac, que vous fumez
une fois de temps en temps, et surtout, pas dès le matin,
alors effectivement, réduire la consommation de cigarette
s'accompagne d'une réduction de la toxicité car vous
faites partie du petit nombre des fumeurs non dépendants.
Si vous fumez dès le matin par besoin et non par plaisir,
le tabac est votre drogue ! Alors dans ce cas, une solution : l'arrêt
complet du tabac. Car si l'arrêt du tabac peut se faire progressivement,
il ne faut pas pour autant se contenter d'une réduction de
cigarettes fumées. Seul l'arrêt complet permet d'observer
les bénéfices. En fait, quand un fumeur dépendant
réduit son nombre quotidien de cigarettes, ou qu'il passe
des cigarettes fortes aux cigarettes légères, il compense
la diminution du nombre de cigarette par une inhalation plus forte.
En conséquence, son taux de nicotine dans le sang n'a pas
changé .
Le seul moyen de vraiment réduire la consommation, dans ce
dernier cas, serait d'alterner dans la journée la cigarette
et les substituts nicotiniques comme peut vous le conseiller pour
un temps votre médecin en attendant le jour de l'arrêt
définitif.
Si
j'arrête, je risque de grossir
Vrai. Les effets de la nicotine sur le poids sont indiscutables.
A l'arrêt du tabac, la prise de poids moyenne est de 1,8 à
2 kg. Mais, il existe des variations individuelles, certains ne
prennent par un gramme, d'autres ont une prise de poids plus importante,
jusqu'à 10 kg. De fait, la nicotine entraîne une baisse
des dépenses énergétiques et une augmentation
de l'appétit corrélée à une modification
de la sécrétion d'insuline. En fait, la prise de poids,
tout comme les autres symptômes liés au sevrage tabagique
(anxiété, agitation, irritabilité, insomnie...)
résultent principalement du syndrome de manque de nicotine.
Ces symptômes désagréables peuvent être
atténués, voire supprimés grâce aux traitements
de substitution nicotiniques ou de bupropion. Par ailleurs, si la
prise de poids est un problème, il faut en discuter avec
votre médecin ou dans une consultation
de sevrage tabagique. Une prise en charge adaptée à
chaque cas permet de trouver d'autres substitutions, tels que l'exercice
physique, ou une surveillance diététique afin de minimiser,
voire d'exclure la prise de poids.
Arrêter
de fumer, ça regarde le fumeur et personne d'autre
Faux. On a beau leur répéter que fumer est
mauvais pour leur santé, ils ont beau lire sur leurs paquets
que fumer nuit, rien à faire : ils continuent. Il faut que
le fumeur fasse le chemin qui le conduit de l'état de fumeur
qui ne se pose pas de questions à celui qui se dit qu'un
jour il arrêtera, puis qu'il décide d'une date d'arrêt.
Ce chemin est un chemin personnel mais l'image du tabac dans la
société dans laquelle il vit l'influence grandement.
Si le fumeur travaille dans un lieu non-fumeur et que ses collègues
ne fument pas, ce chemin est plus rapide.
Le changement d'image social du tabac dans notre société
rend aussi l'arrêt plus facile. Le taux de succès des
tentatives de sevrage est plus élevé depuis que notre
société rejette le tabac comme un produit nocif et
que des millions d'adultes quittent la cigarette chaque année.
Mais attention tout de même aux idées reçues
: la volonté seule ne suffit pas, la plupart du temps. Sans
être donneurs de leçons, le médecin et les soignants
ont la responsabilité de suivre et de conseiller leurs patients
qui décident d'arrêter de fumer. Or seulement 28,8
% de fumeurs pensent faire appel à un médecin pour
arrêter (2) . Et seulement 1 % des anciens fumeurs ont eu
recours aux consultations d'aide au sevrage tabagique. Pourquoi
arrêter de fumer dans la douleur lorsque l'on peut être
pris en charge médicalement et moralement, afin d'éviter
les désagréments du sevrage tabagique et le risque
de reprise ?
Avec la collaboration du Pr Bertrand Dautzenberg, professeur de pneumologie à la Pitié-Salpêtrière et Président du Comité central de prévention du tabagisme de l'AP-HP.
1- BMJ (22/04/2000),
étude sur le lien entre tabac et maladie d'Alzheimer
2- Source : Baromètre Santé 2000 / Comité Français
d'Education pour la Santé
Anne Xaillé, le 22 mai 2002